Sayon Mara est juriste de formation et conseiller national de la transition. Dans une tribune publiée dans la presse et intitulée Gel de laide américaine : lAfrique doit-elle continuer avec ce « modèle de développement prêt-à-porter » ?, il fait une analyse de décision prise par Washington.
« Le gel brutal du financement des programmes daide à travers le monde par le département dEtat américain pour 90 jours pourrait avoir des conséquences dramatiques dans plusieurs pays, notamment les pays du berceau de lhumanité qui dépendent exclusivement de laide extérieure. Des cris plaintifs des milliers de personnes commencent déjà à se faire sentir notamment au niveau des organisations africaines financées par cette aide du Pays de lOncle Sam.
En effet, ce gel brutal de laide américaine par le Président Donald Trump relance le débat sur la question de laide extérieure et met surtout en exergue lurgence aujourdhui, pour les Etats africains, de revoir leurs stratégies de développement. Ils doivent se réinventer, se défaire du complexe dinfériorité et adapter leurs modèles de développement à leurs réalités. En dautres mots, ils doivent avoir confiance en eux-mêmes et doivent sengager dans de franches relations de coopération et de partenariat gagnant-gagnant davec lOccident et les autres mondes. Le monde grandit, mais lAfrique reste la même ; elle ne grandit pas avec le monde comme la dit un jour le milliardaire américain Bill Gates. Disons-nous la vérité ! Calqué sur le modèle occidental, le développement na pas fait avancer le continent noir jusquà présent, car la culture, les traditions en un mot, nont pas été prises en compte dans les différents modèles de progrès économiques et techniques proposés. Au lieu dadapter par exemple la démocratie occidentale aux réalités africaines, lAfricain, par complaisance et par mépris pour ses propres valeurs, trouve mieux de plier nos valeurs à celles occidentales ; alors que les deux réalités sont diamétralement opposées. On copie parfois des lois qui sont en déphasage total avec nos réalités et valeurs sociétales. La pire des maladies inoculées à lAfrique par la colonisation est ce fâcheux complexe dinfériorité qui continue de ronger et malheureusement de consumer nos valeurs jusquà leur essence. Cette volonté manifeste de se renier, de refuser dêtre ce quon est tout en rêvant quon peut être autre que ce quon est, est ce virus maudit, ne respectant rien du tout, qui a été inoculé à lAfricain et qui ne cesse de le rendre ridicule aux yeux des autres, de lenfoncer dans ce tunnel obscur dont le terminus nest autre que la désolation, le remords et la dépravation. Il est évident que lénigme à laquelle le continent est confronté est sans doute ce complexe dinfériorité dont il est victime.
LAfricain, formaté depuis le temps colonial, a toujours en tête quil ny a de meilleures cultures, de valeurs à magnifier que celles transportées de lOccident ou de lArabie, tout en oubliant que le souci majeur de ces deux mondes est de maintenir les pays africains dans les conditions de servitude et de dépendance. Cette bruyante décision de gel brutal de laide américaine est un signal fort et instructeur que le président américain vient denvoyer au reste du monde, notamment le continent africain dont les dirigeants doivent savoir désormais que ce nest aucunement en faisant les lèche-bottes auprès des Occidents et autres puissances quils sortiront leur continent du marasme économique dans lequel la quasi-totalité des pays africains végète depuis leur « indépendance ».
Après plus dun demi-siècle, lAfrique na presque rien fait de son « indépendances ». La colonisation a certes pris fin, mais les esprits sont restés enchainés, prisonniers de lidée dinfériorité. Et la pire des prisons de ce monde est celle qui est dans la tête. Il faut une véritable volonté politique aujourdhui pour sortir lAfrique de lornière. En clair, cest un leurre de continuer à compter sur des aides qui naident pas du tout le continent. Les cultures et les traditions doivent, pour un développement harmonieux, hardi, fécond et prompt, reprendre les places qui sont les leur dans le développement de nos pays. Nous devons, en quelque sorte, prendre les principes universels des modèles de développement occidental puis les adapter à nos réalités. Le développement social et culturel sobtient à travers la conservation des éléments traditionnels comme les folklores au niveau de la musique, des sites touristiques traditionnels, car chaque Nation, chaque Peuple sidentifient à travers eux et cest dans ces valeurs quil peut mieux sépanouir.
Le fin mot de lhistoire est que nous souffrons de notre croyance à tout ce que lOccident nous propose ou nous dit ; on avale cela sans même chercher à comprendre si cest bénéfique pour nous ou pas. Une modernité à lafricaine, qui tient compte de nos valeurs sociétales, serait mieux.
La civilisation est le levier de lépanouissement et de lorganisation dun pays. En dautres termes, se connaitre soi-même est le point de départ de lémergence du continent dans le vrai sens de lexpression. », a écrit Sayon MARA, Juriste.