Le tribunal correctionnel de Dixinn, siégeant à la mairie de Ratoma, a rendu son verdict mardi, 08 avril 2025, dans l’affaire opposant le ministère public à deux militants de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG). Thierno Mamadou Bah et Mamadou Aliou Diallo ont été condamnés à six mois de prison, dont trois mois avec sursis, pour provocation à un attroupement et trouble à l’État, a constaté un confrère de la presse
Ils sont en détention depuis le 7 janvier 2025. Les faits remontent aux 4 et 5 janvier 2025, dans un contexte marqué par l’annonce d’une manifestation politique par l’UFDG. Les deux prévenus avaient relayé, via leurs réseaux sociaux, des publications relatives à l’appel à manifester, lancé par leur parti, pour le 6 janvier.
Thierno Mamadou Bah, entrepreneur de 40 ans, marié et père de deux enfants, a été arrêté le 4 janvier à la sortie d’un centre commercial à Prima. Selon son témoignage à la barre, il aurait simplement partagé des informations relayées par les médias, dans le but d’alerter ses amis qu’il y aurait une manifestation.
« Le 4 janvier 2025, alors que je sortais d’un centre commercial à Prima, j’ai été interpellé par des agents des forces de l’ordre. Ils m’ont accusé d’avoir partagé sur les réseaux sociaux des images liées à une manifestation. J’ai reconnu avoir partagé une publication relayée par les médias, annonçant qu’une manifestation aurait lieu le 6 janvier. Mon intention n’était pas d’inciter à y participer, mais simplement d’alerter mes amis afin qu’ils évitent les lieux de rassemblement ce jour-là. Je tiens à préciser que je n’ai aucune fonction officielle au sein de l’UFDG, bien que je sois membre actif du bureau exécutif. Je participe régulièrement aux réunions, aux campagnes électorales, et je relaie les messages du parti en poular sur ma page Facebook ainsi que via WhatsApp. L’information que j’ai partagée ce jour-là sur la plateforme de communication de l’UFDG mentionnait uniquement qu’une manifestation était prévue le 6 janvier. J’ignore si celle-ci a eu lieu, car j’ai été arrêté le 4 janvier. L’UFDG étant un parti agréé, je pensais que ses actions étaient légales. Mon objectif n’était nullement de pousser à la mobilisation, mais de prévenir mes contacts. Par ailleurs, le Président de la République avait déclaré que les activités politiques reprendraient en 2025, ce qui m’a conforté dans l’idée que ce type de communication était autorisé », a-t-il expliqué.
De son côté, Mamadou Aliou Diallo, économiste et contractuel à la mairie de Ratoma, a été interpellé le 5 janvier à Nongo. Il affirme avoir été identifié par un agent en civil à partir d’une photo et conduit à la Direction de la police judiciaire (DPJ) sans avoir été informé de ses droits.
« J’ai juste partagé l’information sur Facebook, comme de nombreux autres militants. Le dimanche, 5 janvier 2025, alors que je me trouvais à Nongo, j’ai remarqué une présence sécuritaire renforcée. Un agent en civil s’est approché de moi, m’a montré une photo, et m’a demandé si je reconnaissais la personne. J’ai répondu que c’était bien moi. Il m’a alors signifié que j’étais en état d’arrestation. On m’a conduit à la Direction de la Police Judiciaire (DPJ), et durant le trajet, mon téléphone m’a été confisqué. Une fois sur place, j’ai demandé à pouvoir contacter mon avocat le lendemain. Je précise que je travaille à la mairie depuis trois ans, et que je suis membre de l’UFDG depuis 2013. J’y occupe la fonction de fédéral de la jeunesse de Ratoma. Les publications que j’ai relayées sur Facebook étaient des informations diffusées par les médias, et non des appels directs à manifester. Je n’ai pas invité qui que ce soit à descendre dans la rue. Je me suis limité à partager une information publique, comme cela se fait couramment sur les réseaux sociaux », a-t-il déclaré.
Le procureur Biwon Millimono a estimé que les publications des prévenus avaient contribué à la mobilisation anticipée de jeunes manifestants, entraînant des troubles dès le dimanche 5 janvier. Il a souligné que les activités politiques n’étaient pas encore officiellement reprises, malgré l’annonce du chef de l’État.
« Ces actes ont violé les dispositions des articles 632 et 561 du Code pénal. En tant que membres influents de leur parti, ils devaient mesurer la portée de leurs publications », a affirmé le ministère public.
Il a requis un an de prison, dont six mois assortis de sursis, et une amende de 500 000 GNF pour chacun des prévenus. Le ministère public a aussi demandé que le jugement soit publié conformément à l’article 66 du Code pénal guinéen.
Les avocats de la défense ont, quant à eux, dénoncé des conditions d’arrestation « arbitraires » et « sans la présence d’un avocat », en violation des garanties procédurales. Ils ont affirmé que les prévenus n’avaient aucune intention de troubler l’ordre public, mais simplement d’informer.
« On leur a dit d’avouer ou de disparaître. Leur intention n’était pas de nuire, mais de prévenir. D’ailleurs, aucune manifestation n’a eu lieu ce jour-là », ont plaidé les avocats, réclamant la relaxe pure et simple de leurs clients.
Le tribunal, après avoir délibéré, a reconnu Thierno Mamadou Bah et Mamadou Aliou Diallo coupables, tout en prenant en compte les circonstances atténuantes. Ils ont été condamnés à six mois d’emprisonnement, dont trois mois assortis de sursis, sans amende et ayant déjà fait 3 mois de détention, ils ont été libérés sur place.


