La validation de la candidature d’Abdoulaye Yéro Baldé à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 par la Cour suprême de Guinée a suscité un intérêt particulier dans un paysage politique où les ténors habituels sont écartés de la course. Son positionnement politique, marqué par son passé au sein du RPG Arc-en-ciel de l’ancien président Alpha Condé, combiné aux dynamiques ethno-politiques complexes de la Guinée, pourrait en faire un candidat capable de créer la surprise.
Un passé au RPG, une force et une faiblesse
Ancien ministre sous Alpha Condé, Abdoulaye Yéro Baldé a démissionné du gouvernement en février 2020, marquant une rupture nette avec le régime précédent. Cette prise de distance lui permet aujourd’hui de se présenter comme une alternative, un homme qui a su dire “non” au moment opportun, et d’incarner une volonté de “tourner la page”.
Pour certains électeurs, cette rupture est un gage de crédibilité et d’indépendance. Pour d’autres, issus notamment de l’opposition historique au RPG, son passé ministériel reste une tache indélébile. Son défi majeur sera de convaincre l’électorat qu’il représente un véritable renouveau démocratique et non une simple continuation, sous une autre étiquette du FRONDEG (Front pour la Démocratie en Guinée, le parti qu’il dirige depuis sa démission du gouvernement.), des pratiques de l’ancien régime.
La dimension ethnique, un facteur persistant
Le paysage politique guinéen reste, de l’avis général, fortement polarisé le long de lignes ethniques, un héritage historique lourd. Le fait qu’Abdoulaye Yéro Baldé soit issu d’une communauté traditionnellement associée à l’opposition (Peul, comme Cellou Dalein Diallo, l’opposant historique d’Alpha Condé) tout en ayant servi sous Alpha Condé (soutenu majoritairement par la communauté malinké) lui confère une position unique et délicate.
Sa candidature pourrait potentiellement attirer des voix au-delà des clivages ethniques traditionnels, séduisant une frange d’électeurs fatigués par la politique politicienne et les divisions communautaires. En même temps, elle risque de se heurter à une certaine méfiance des militants les plus fidèles des grands blocs ethniques.
Un potentiel “trouble-fête”

Dans une élection où les figures majeures de l’opposition sont absentes et où le président de la transition, Mamadi Doumbouya, est également candidat, l’espace politique est redistribué. Abdoulaye Yéro Baldé a l’opportunité de capter les voix des déçus du RPG, de l’opposition traditionnelle, et des jeunes à la recherche de nouvelles figures.
Sa capacité à naviguer entre les différentes sensibilités politiques et ethniques, en mettant l’accent sur son projet économique et son intégrité (thèmes qu’il met en avant), déterminera s’il peut réellement créer la surprise et s’imposer comme un acteur majeur de la scène politique guinéenne. La campagne à venir sera cruciale pour mesurer l’impact réel de son positionnement unique.
Grégoire ANKOU


